Aux sources du modèle scientifique américain

Ces trois articles, qui m’ont été suggérés par mon excellent collègue Jean-Pierre Kahane,
représentent plus ou moins ce que j’avais pu apprendre depuis 1971 au sujet de l’Amérique (et expliquent notamment pourquoi il faut s’intéresser prioritairement à ce pays). Idéalement, il s’agissait de montrer, à partir du cas américain, l’influence énorme exercée depuis 1940 par les “nécessités militaires” américaines sur les activités (recherche-développment et production industrielle) qui ont soustendu la plupart des grandes innovations dont le secteur civil a bénéficié après les militaires : nucléaire civil, informatique, électronique, satellites, aviation, (auxquels on pourrait ajouter maintenant l’Internet, le GPS, les “robots”, etc.). Tentative très insuffisante et trop vaste programme, mais c’était la première fois en France que quelqu’un – un amateur qui plus est – tentait de traiter le sujet. Le principal problème pour rédiger ces papiers a été de trouver de la documentation qui ne se réduise pas à des généralités incolores,
inodores et sans saveur : je préfère de beaucoup les faits précis. Je me console en constatant que, dans l’ensemble, mes textes, s’ils comportent beaucoup de lacunes, comportent peu d’erreurs.

En Amérique même, où existait un groupe d’économistes qui accordaient une très large place
dans leurs publications à l’innovation technologique, il était rare de les voir mentionner le rôle moteur du Pentagone, et seulement de façon épisodique. Le premier auteur à tenter de le faire systématiquement (Vernon W. Ruttan, un économiste spécialiste du développement technologique), écrit dans la préface de son trop court livre (Is war necessary for economic growth ? Military procurement and technology development, Oxford UP, 2006, 219 pp) qu’en 2002-2003, il prit conscience du rôle des commandes (“procurement”) militaires et ajoute : “The military procurement issue was sitting there in plain sight, but
I had been unable or unwilling to recognize it!” S’il avait, comme moi, ouvert et compulsé une revue aussi banale et répandue que Electronics, qui publiait des masses d’informations non techniques très précises (et de pages de publicité où les industriels de l’armemement vantaient sans retenue leurs produits militaires, au point d’indigner le président Eisenhower dans son célèbre discours d’adieu), il aurait pu gagner trente ans sur son horaire…

Quant aux travaux traditionnels d’histoire des sciences et des techniques, ils s’arrêtaient bien avant 1940, date de départ des grandes manoeuvres américaines. Il existe certes, en 2012, une énorme littérature américaine sur les sujets qui m’intéressaient, mais elle était encore extrèmement limitée dans les années 1970 (et essentiellement absente des bibliothèques universitaires parisiennes); en fait, ce sont en grande partie les remous causés par la guerre du Vietnam qui ont, aux USA, lancé des dizaines de
jeunes historiens dans la STS (science, technologie et société) et à écrire de nombreux articles ou livres documentant tel ou tel aspect du sujet, particulièrement l’influence militaire sur l’activité scientifique; mais la plupart n’étaient pas encore publiés en 1978. Ce n’est pas un hasard si le premier article important que l’on cite maintenant, par Paul Forman, date de 1984.

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