Science et défense

Je n’ai pas grand’chose à ajouter à ce texte, dont je n’ai pas rédigé les parties II et III (à défaut de mieux, les textes sur les armes chimiques et les postfaces à Analyse Mathématique II et Analysis II peuvent en servir). Les spécialistes ont naturellement publié des ouvrages importants depuis 1994; en France , il faut citer le livre de Patrice Bret, L’Etat, l’armée, la science. L’invention de la recherche publique en France (1763-1830) (PU de Rennes, 2002, 483 pp.), qui pourrait aussi bien s’intituler, en forçant un peu la note, “La naissance du complexe militaro-scientifique français”; le lecteur y trouvera notamment nombre de compléments à l’article de Gillispie cité dans la note 23.

Gillispie lui-même a publié la suite de son premier ouvrage, Science and Polity in France: The Revolutionary and Napoleonic Wars (Princeton UP, 2004, 751 pp), et il y a aussi Jean et Nicole Dhombres, Naissance d’un nouveau pouvoir : Science et savants en France (Payot, 1989, 938 pp.) , mais mis à part la “petite bande” bien connue (Monge, Berthollet, Laplace, Fourier, Chaptal, etc) jusqu’en 1815, je ne vois pas, au cours du XIXe siècle et même bien au delà, quels “savants” – catégorie à distinguer de celle des Polytechniciens – pourraient avoir détenu un “nouveau pouvoir” réel en France : ils n’ont pas même obtenu d’universités décentes avant la dernière décennie du XIXe siècle (voir le beaucoup trop bref article d’Antoine Prost dans le n° 137, Printemps 2012, de la revue Commentaire, selon lequel de vraies universités n’existent toujours pas encore…).

En fait, dans les sciences mathématiques et physiques, les “grandes écoles” continuent, plus que jamais depuis deux siècles, à priver les universités de la grande majorité des meilleurs étudiants dans les domaines que tout le monde connaît et à disposer de crédits beaucoup plus importants, ce qui discrédite les universités. Le seul pays où les scientifiques disposent d’un certain “pouvoir”, ce sont les Etats-Unis; mais c’est la WWII qui le leur a donné !
Sur l’histoire des techniques, il faut aussi citer, par un auteur des plus productifs (voir sa page sur Amazon.com), les deux livres de Vaclav Smil, Creating the Twentieth Century: Technical Innovations of 1867-1914 (Oxford UP, 2005, 359 pp.) et Transforming the Twentieth Century: Technical Innovations and their Consequences (Oxford UP, 2006, 368 pp.); tout en étant forcément incomplets, ils rassemblent avec concision une énorme quantité d’informations et de sources sur le progrès technique depuis cent cinquante ans. L’influence militaire n’est pas toujours mentionnée même lorsqu’elle est patente (cas de l’informatique par exemple), ce qui est du reste beaucoup plus souvent le cas pendant la seconde période que pendant la première – pourtant féconde en innovations , dont le XXe siècle a prodigieusement exploité le potentiel (électricité, téléphone, radio, automobile,etc.). Si l’on en croit SUDOC, il existe un (1) exemplaire de ces livres fondamentaux dans les BU françaises : à la bibliothèque de la Sorbonne. Plus ça change,..

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